"Renault face à ses défis : l'offensive pour une fiabilité exemplaire. Après avoir admis un retard sur la concurrence, le constructeur déploie une stratégie radicale pour garantir la qualité de ses nouveaux modèles et regagner la confiance des conducteurs."
Depuis novembre 2021, Thierry Charvet, Directeur de la Qualité du groupe Renault, occupe un poste clé mais complexe. Sa mission ? Garantir une fiabilité parfaite alors que le rythme des lancements s'accélère avec des modèles déjà très attendus comme la R5 électrique, le Rafale ou le nouveau Dacia Duster 3.

Le défi de la complexité moderne Les voitures actuelles sont devenues de véritables ordinateurs sur roues. Avec des millions de lignes de code et des kilomètres de câblage, les "bugs" et défauts de jeunesse sont devenus presque inévitables pour tous les constructeurs.
En finir avec les clients « bêta-testeurs » Au cœur du Technocentre de Guyancourt, Thierry Charvet déploie une stratégie rigoureuse pour que ces soucis techniques soient résolus avant même la livraison. L'objectif est clair : éviter que les premiers acheteurs ne subissent les pannes handicapantes des nouvelles technologies. Renault veut prouver que l'on peut allier innovation de pointe et sérénité pour le conducteur.
L'excellence industrielle : Le pivot de la nouvelle stratégie qualité de Renault


Depuis sa nomination en tant que directeur de la qualité du groupe Renault en novembre 2021, Thierry Charvet mène une mission aussi capitale que complexe dans un contexte de lancements majeurs comme la R5, le Rafale ou le Dacia Duster 3. Pour éradiquer les défauts de jeunesse inhérents à la complexité des véhicules modernes, qui comptent des millions de lignes de codes, il a choisi d'organiser l'ensemble de l'entreprise comme une usine géante. Dans cette stratégie, les usines ne se contentent plus de produire : elles utilisent désormais l'intelligence artificielle pour traquer les moindres défauts de peinture ou de connexion et reçoivent directement l'intégralité des réclamations clients pour garantir une réactivité maximale. Lorsqu'un incident est signalé sur le terrain, il est analysé dans les heures qui suivent afin de déterminer s'il s'agit d'un cas isolé ou d'un risque de série, une démarche appuyée par des partenariats avec les sociétés de remorquage qui alertent la marque dès les premières minutes d'une panne.
L'efficacité de ce dispositif repose sur une traçabilité chirurgicale grâce au numéro VIN, permettant d'accéder à une banque de données de plus de 500 photos par véhicule pour identifier précisément un éventuel échec lors du processus de production. Pour piloter cet effort mondial, Renault a déployé deux tours de contrôle au Technocentre et à Flins qui supervisent les chaînes en temps réel, permettant de faire remonter instantanément chaque anomalie détectée n'importe où dans le monde. Ce système de surveillance, complété par une réunion mondiale quotidienne chaque soir, vise un objectif clair : transformer la culture du groupe pour que les conducteurs ne subissent plus les bugs électroniques et ne soient plus considérés comme des bêta-testeurs de technologies toujours plus sophistiquées.
Renault : une fiabilité enfin durable pour les nouveaux modèles ?

L’arsenal de mesures déployé par Thierry Charvet a déjà permis au groupe Renault de démontrer une réactivité accrue lors des premiers incidents de démarrage rencontrés par les propriétaires de la nouvelle Renault 5 électrique. En seulement un mois après le premier signalement, la marque a été capable d'organiser un rappel de 15 000 exemplaires de cette citadine, prouvant l'efficacité de sa nouvelle organisation industrielle. Pour l'avenir, le constructeur mise sur la généralisation des mises à jour à distance (Over-The-Air) pour corriger les défauts de jeunesse sans passage en atelier. Les chiffres communiqués entre 2021 et 2025 sont d'ailleurs significatifs : Renault revendique une baisse de 40 % des incidents sous garantie et une réduction de 50 % des remorquages lors de la première année de commercialisation, malgré un léger fléchissement observé en 2024. L'objectif est désormais de maintenir un seuil inférieur à 20 réclamations clients pour 1 000 véhicules produits durant les trois premiers mois d’utilisation.
Toutefois, ces résultats encourageants à court terme ne garantissent pas encore une fiabilité exemplaire sur le long terme, un enjeu crucial pour le marché de l'occasion. L'histoire de l'automobile montre que certains défauts majeurs, à l'image des scandales liés aux moteurs 1.2 Puretech ou 1.5 BlueHDi chez Stellantis, mettent plusieurs années avant de devenir problématiques. Renault reste d'ailleurs lui-même marqué par le contentieux du moteur 1.2 TCe, qui fait toujours l'objet de poursuites judiciaires de la part de plus de 3 000 automobilistes pour des casses prématurées et des surconsommations d'huile. Dans ce contexte, la transparence totale des constructeurs restant limitée, les témoignages d'automobilistes et les enquêtes indépendantes demeurent indispensables pour évaluer si ces nouveaux modèles seront réellement plus robustes que leurs prédécesseurs après plusieurs années de route.

