"Éradiquer les airbags Takata avant fin 2026 : un pari difficile pour l'État"
Longtemps critiqué pour son manque de réactivité, l’État multiplie désormais les mesures pour clore le dossier Takata. La plus marquante est l'instauration d'une contre-visite obligatoire au contrôle technique pour tout véhicule n'ayant pas effectué son rappel « Stop Drive ». L'objectif gouvernemental est ambitieux : éradiquer ce risque sécuritaire en France d'ici la fin de l'année 2026. Toutefois, au regard des difficultés logistiques persistantes, ce calendrier interroge sur sa faisabilité réelle.

Bien que les premiers rappels d’airbags Takata aient débuté dès 2010, l’affaire a pris une dimension critique en France à partir du printemps 2024, avant de s’aggraver en 2025 à la suite de nouveaux accidents mortels survenus à Reims et en outre-mer. Cette situation a conduit l’État à intervenir fermement pour fixer un objectif ambitieux : le remplacement complet des dispositifs défectueux d’ici la fin de l’année 2026. Selon la Direction générale de l’énergie et du climat, si le rythme des interventions s’est intensifié avec 1,2 million de véhicules réparés depuis mars 2025, il reste encore 1,8 million de voitures à traiter, dont 1,3 million sont soumises à une consigne stricte de « Stop Drive » (interdiction de rouler). Afin de maintenir cette cadence, une mesure de coercition majeure est appliquée depuis le 1er janvier 2026 : tout véhicule concerné par un rappel non effectué est désormais sanctionné par une défaillance critique lors du contrôle technique. Cette classification entraîne une immobilisation immédiate du véhicule dès le soir de l’examen à minuit, rendant la réparation obligatoire pour pouvoir circuler à nouveau.
L'année 2026 connaîtra également diverses autres modifications concernant les procédures de rappel.


Le passage à une contre-visite pour les rappels de type « Stop Drive » paraît assez logique, même si certains propriétaires le perçoivent comme une double peine. En effet, ce statut impose théoriquement un arrêt immédiat de l’utilisation du véhicule, l’empêchant en principe de circuler jusqu’au centre de contrôle technique. Les quelque 500 000 rappels classiques de l’affaire Takata ne sont pas concernés par ce risque de contre-visite et feront l’objet d’une simple mention sur le procès-verbal. Cette mesure vise avant tout à informer les automobilistes n'ayant pas reçu de courrier en raison d'une adresse incorrecte sur leur carte grise. Pour pallier ce problème, les centres de contrôle peuvent désormais transmettre les coordonnées des propriétaires aux constructeurs via l’OTC. Ces changements font suite aux mesures de 2025 destinées à accélérer le rythme des rappels. Elles imposent aux constructeurs des délais de remplacement précis et la prise en charge de solutions de mobilité alternatives. En cas de « Stop Drive », les réparations à domicile ou le remorquage gratuit sont requis, sous peine de lourdes amendes. De plus, les constructeurs doivent financer des campagnes de communication incitant les conducteurs à vérifier leur éligibilité en ligne via leur numéro de série. Malgré tout cet arsenal, il n'est pas garanti que cela suffise pour en finir avec cette affaire dès 2026.
Des rappels difficiles à finaliser

Finaliser les rappels s'avère complexe, car les derniers véhicules sont les plus difficiles à localiser, comme l'illustre le cas de Citroën et DS. Bien que ces marques aient lancé leur campagne au printemps 2024 pour les C3 et DS3, environ 10 % du parc restait encore à corriger début décembre selon leur dirigeant, Xavier Chardon. La situation est encore plus critique en outre-mer. Le climat chaud et humide y accroît les risques d'explosion d'airbags, tandis que les réseaux de distribution sont parfois désorganisés, à l'image de la faillite d'un concessionnaire BMW en Guadeloupe et Martinique, et la communication y est moins performante. De plus, gérer les véhicules de marques disparues ou non importées comme Chevrolet ou Saab complique la tâche. Face aux contraintes logistiques majeures pour fournir et remplacer un tel volume d'airbags dans des délais réduits, traiter plus d'un million et demi de voitures en moins d'un an semble quasiment impossible. Il reste néanmoins à espérer que la grande majorité des véhicules soient sécurisés d'ici fin 2026.

